Pratiquer le yoga

Réconcilier le corps et l’esprit chez les petits et grands

Pratique millénaire originaire d’Inde, le yoga a le vent en poupe ! Combinant postures, respiration et méditation, il intègre aujourd’hui la prise en charge non pharmacologique de nombreuses maladies chroniques. Nathalie Grinda, kinésithérapeute au CHU de Bicêtre, et le Dr Abel Hassoun, pédiatre expert en hémophilie à l’Hôpital Simone Veil de Montmorency, nous éclairent sur les bienfaits que le yoga peut apporter aux hémophiles petits et grands.

En quoi le yoga est-il adapté et bénéfique aux personnes hémophiles ?

Dr Hassoun : « Yoga » signifie « jonction » entre le mental, le corps et l’esprit. C’est une discipline qui vise à augmenter le bien-être en libérant l’esprit des contraintes du corps par la maîtrise du mouvement, du rythme et du souffle. En agissant sur la souplesse et les tensions musculaires, le yoga pourrait diminuer les douleurs chroniques liées à l’hémophilie, donc les handicaps moteurs et les problèmes de santé mentale associés. En équilibrant les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques ainsi que la production de cortisol et d’adrénaline, il réduirait également les effets du stress et améliorerait la résistance à la douleur. Ce cercle vertueux permettrait une amélioration de la qualité de vie du patient.

Mme Grinda : Les méthodes psychocorporelles douces comme la relaxation, la méditation ou l’hypnose suscitent un intérêt croissant pour la prise en charge des maladies chroniques douloureuses. De plus en plus de patients hémophiles pratiquent la méditation pleine conscience pour mieux gérer leurs douleurs même s’ils prennent déjà depuis longtemps des antalgiques. En associant des exercices d’étirements, de relaxation, de respiration et de méditation, le yoga pourrait apporter de multiples bénéfices. Le patient gagnerait en paix intérieure, mais aussi en amplitude articulaire, en équilibre, en capacité pulmonaire, en régulation de la fréquence cardiaque et en qualité du sommeil.

Quel impact le yoga peut-il avoir sur les enfants hémophiles ?

Dr Hassoun : L’enfant hémophile subit un dualisme entre le corps et l’esprit : il a envie de faire des activités que son corps ne lui autorise pas. Lors d’une étude sur l’impact de la maladie sur la qualité de vie chez l’enfant, l’un d’entre eux expliquait que la douleur l’empêchait de suivre ses amis, l’autre que son corps était son « dragon » qui lançait des « flammes » quand il bougeait trop. Le yoga comblerait cette fissure entre le corps et l’esprit en soulageant la douleur, en améliorant les capacités fonctionnelles et en augmentant la confiance en soi.

Mme Grinda : Les enfants peuvent partager cette activité en famille : des structures collectives, des coachs à domicile et même des applications proposent du yoga parents/enfants. Chez les plus petits, le yoga se pratique sous forme de jeux et s’accompagne de chansons. Il développe leur motricité, leur équilibre, leur concentration, canalise leur énergie et les aide à gérer leur stress.

A propos, comment kinésithérapie et yoga peuvent s’associer ?

Mme Grinda : Les techniques de kinésithérapie et de yoga sont très différentes, mais de plus en plus de kinés se forment au yoga pour l’intégrer à leur pratique. Cela leur permet par exemple de tirer parti des techniques de respiration particulières du yoga pour augmenter le gain d’amplitude articulaire. Le yoga est aussi très intéressant pour nos patients hémophiles parce qu’il peut facilement compléter la kinésithérapie, même si celle-ci reste essentielle pour récupérer des capacités fonctionnelles. Les séances de yoga à domicile peuvent représenter un temps « pour soi » que le patient prend chaque jour afin d’améliorer sa forme, son bien-être et sa qualité de vie.

 

Comment les patients hémophiles peuvent-ils se mettre au yoga ?

Mme Grinda : Selon moi, tout patient hémophile peut pratiquer le yoga en fonction de ses capacités, commencer par des postures faciles et ensuite progresser à son rythme. Toutefois, si un patient souhaite pratiquer lui-même avec une application, il devrait débuter par une séance individuelle avec un professionnel d’Activité Physique Adaptée (APA) formé aux maladies chroniques, notamment s’il est âgé et/ou présente des atteintes articulaires. L’enseignant pourra alors évaluer les capacités du patient et le conseiller.

Dr Hassoun : Fin 2022, nous allons lancer une expérimentation qui permettra d’évaluer l’impact du yoga sur les enfants et adolescents hémophiles : les jeunes patients commenceront effectivement par deux ou trois séances au centre, en présence du professeur de yoga, afin qu’ils apprennent les gestes. Ces séances d’initiation seront filmées puis mises sur une clé USB afin que l’enfant puisse les emporter et continuer à pratiquer de la même manière à domicile, y compris avec ses parents.

 

A méditer, le yoga améliore significativement le score de qualité de vie (Haemo-QoL) et réduit le nombre de saignements chez les enfants hémophiles. (1)

 

Les témoignages exposés par les experts, les patients ou l’entourage des patients sont personnels et indépendants. Ils sont fournis à titre d’information et n’ont pas pour objet de donner des avis médicaux, fournir des diagnostics, remplacer des consultations ou promouvoir Sobi.

  1. Beheshtipoor N, Bagheri Sh, Hashemi F, et al. The Effect of Yoga on the Quality of Life in the Children and Adolescents with Haemophilia. IJCBNM. 2015;3(2):150-155.

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