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Comprendre le rôle du facteur VIII et les traitements prophylactiques

Comprendre l'hémophilie

Quels sont les différents rôles du facteur VIII ?

L’hémophilie A est liée à un manque de facteur VIII, une protéine importante de la coagulation. Quand ce facteur est absent ou fonctionne mal, le corps a plus de mal à former un caillot sanguin solide pour colmater la brèche. Des saignements peuvent alors survenir spontanément ou suite à un choc, n’importe où dans le corps, et durer plus longtemps. 

Comprendre le rôle du facteur VIII permet aussi de mieux comprendre les traitements de l’hémophilie A. Plusieurs solutions existent pour protéger les patients contre les saignements. Certaines apportent directement le facteur VIII manquant, d’autres imitent son action pour aider le sang à coaguler malgré cette absence. Ces approches n’ont pas le même fonctionnement, mais elles visent toutes le même objectif : mieux contrôler les saignements et améliorer la qualité de vie

Que se passe-t-il dans l'hémophilie A

Dans l’hémophilie A, le facteur VIII est absent, insuffisant, ou non fonctionnel. 

Malgré cela, le corps peut toujours commencer à réagir lorsqu’un vaisseau saigne. Les plaquettes jouent leur rôle, un premier bouchon se forme, mais la phase suivante est moins performante. La quantité de fibrine produite n’est pas suffisante pour donner au caillot toute sa solidité.(1)

Le résultat est important à comprendre : le problème n’est pas forcément que le saignement démarre plus facilement, mais qu’il s’arrête moins bien. Le caillot peut avoir du mal à se former, être plus fragile, moins stable, et donc se désagréger en laissant le saignement reprendre.  :

  • des bleus fréquents,

  • des saignements plus longs après un choc ou un soin,

  • et parfois des saignements internes, notamment dans les articulations ou les muscles. 

Pourquoi la coagulation devient moins efficace ?

La coagulation repose sur un équilibre. D’un côté, le corps doit pouvoir former un caillot lorsqu’un vaisseau est blessé. 

De l’autre, il doit éviter que la coagulation ne s’emballe inutilement. Il existe donc naturellement des mécanismes qui favorisent la coagulation et d’autres qui la freinent. (2)

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Balance avec trois sphères à gauche et trois à droite, représentant deux facteurs opposés.

Dans l’hémophilie A, cet équilibre est rompu parce qu’il manque un acteur important parmi les facteurs de coagulation. Le système penche alors du côté du saignement. (1,3)

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HA

L'objectif des traitements est justement de rééquilibrer cette situation. C'est une idée importante pour comprendre la prise en charge actuelle : traiter l'hémophilie A, c'est aider le corps à retrouver un niveau de protection hémostatique suffisant. 

Hémophilie A : les deux grandes approches thérapeutiques pour la prophylaxie 

Aujourd’hui, il existe deux grandes approches thérapeutiques dans l’hémophilie A.

La première consiste à remplacer le facteur VIII manquant. La seconde consiste à agir autrement pour compenser son absence. Ces deux approches poursuivent le même objectif : mieux contrôler les saignements et offrir une meilleure protection au patient. En revanche, elles ne reproduisent pas exactement le même fonctionnement dans le corps. (4,5)

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schéma FVIII hémostase

Les traitements substitutifs : remplacer le facteur VIII manquant

Les traitements substitutifs apportent directement du facteur VIII au patient. 

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TT subti

En pratique, cela signifie que l’on injecte le FVIII manquant afin de rétablir une coagulation plus proche de la normale. 

Après l’injection, le taux de facteur VIII dans le sang augmente. Cela permet au système de coagulation de mieux fonctionner et donc de former un caillot plus solide.(6,7)

Cette hausse ne dure pas indéfiniment, car le facteur VIII injecté est progressivement éliminé par l’organisme. Son taux diminue donc avec le temps.

Pour maintenir une protection suffisante entre deux injections, il faut un schéma de traitement adapté au patient. Ce principe est au cœur de la prophylaxie, c’est-à-dire du traitement préventif destiné à éviter les saignements avant même qu’ils ne surviennent. 

Cette approche est importante, car elle permet de prévenir les saignements plutôt que de les traiter dans l’urgence. L’objectif n’est plus seulement de traiter un saignement une fois qu’il a commencé, mais de réduire le risque qu’il apparaisse. 

Avec les traitements substitutifs, le degré de protection est lié au taux de facteur VIII obtenu dans le sang et au temps qu'il reste dans la circulation. Ce taux peut être mesuré par une prise de sang : plus il est élevé et stable dans le temps, meilleure est la protection anti-hémorragique. Cela permet la personnalisation du traitement. 

Les médecins peuvent tenir compte du profil du patient : de son âge, de son mode de vie, de ses activités, de ses antécédents de saignement. De même, certaines situations particulières, comme un geste invasif, une chirurgie ou une activité physique plus intense, peuvent nécessiter une protection renforcée.(6,7)

Les traitements non substitutifs : compenser autrement

Les traitements non substitutifs n’apportent pas de facteur VIII. Ils utilisent une autre stratégie pour rééquilibrer la coagulation. C’est un point essentiel : leur but reste le même, mais leur manière d’y parvenir est différente.

Certains traitement non substitutifs miment une partie de l'action du facteur VIII manquant

C'est le cas des anticorps monoclonaux, qui rapprochent des éléments clés de la coagulation pour faciliter la formation du caillot.(8,9)

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TT non subti

D’autres agissent en atténuant certains facteurs anticoagulants. Dans les deux cas, ils ne remplacent pas directement le facteur VIII, mais cherchent à rééquilibrer l’hémostase pour mieux protéger contre les saignements. 

Ils sont souvent décrits comme donnant une activité hémostatique plus stable dans le temps. Contrairement aux traitements substitutifs, ils ne reposent pas sur une montée rapide du taux de facteur VIII suivie d’une baisse progressive. 

Les traitements non substitutifs n’agissent pas comme le facteur VIII. Leur effet ne peut donc pas être évalué directement avec les tests sanguins habituellement utilisés pour mesurer l’activité du facteur VIII. Pour estimer leur action sur la coagulation, les médecins s’appuient sur la notion « d’équivalence en facteur VIII ». Ce repère donne une estimation de leur activité hémostatique. Cette équivalence a surtout été établie à partir de tests en laboratoire et de données obtenues chez l’animal. Elle n’est pas encore confirmée de façon stricte chez l’être humain et doit donc être considérée comme une estimation.(10,11)

Des caillots différents selon le traitement

Les traitements de l’hémophilie A permettent tous de mieux contrôler les saignements. En revanche, la structure des caillots sanguins formés peut être un peu différente. 

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Microscope avec vue agrandie de cellules grises.

Avec les traitements substitutifs, le caillot sanguin est formé de fines fibres de fibrine, entrelacées et organisées en maillage dense.(11,12)

Avec les traitements non substitutifs, les fibres de fibrine peuvent être plus épaisses et organisées différemment : le maillage est plus large, les fibres sont regroupées en faisceaux et la densité en globules rouges au sein du caillot est plus faible.(11,12)

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Microscope observant un matériau poreux en gros plan noir et blanc.

Des objectifs de protection plus élevés

La prise en charge de l’hémophilie A a beaucoup progressé.

Pendant longtemps, l’objectif principal était de réduire les saignements les plus graves. Aujourd’hui, l’ambition est plus élevée. 

Les traitements récents cherchent à assurer une protection plus continue, plus prévisible et plus durable. Cette évolution change profondément les perspectives. Elle permet non seulement de mieux contrôler les saignements visibles, mais également les micro-saignements invisibles qui peuvent abîmer les articulations à long terme. 

Chez les patients, cette protection est particulièrement importante, car elle contribue à préserver la mobilité, le confort et les activités du quotidien. Pour les patients, cela veut dire qu’un diagnostic d’hémophilie A ne se résume plus à une succession d’interdictions. L’enjeu actuel est de permettre une vie aussi normale et sécurisée que possible, avec un traitement adapté.

  1. Stoilova-McPhie S. Factor VIII and Factor V Membrane Bound Complexes. Subcell Biochem 2021;96:153-75.
  2. Zaidi A et al. Physiology of haemostasis. Anaesthesia & Intensive Care Medicine 2021;26:41-47
  3. Mazurkiewicz-Pisarek A, et al. The factor VIII protein and its function. Acta Biochim Pol 2016;63(1):11-6.
  4. Arruda VR, et al. Novel approaches to hemophilia therapy: successes and challenges. Blood 2017;130(21):2251-6.
  5.  Société Canadienne de l’hémophilie. Tout sur les traitements novateurs. Juin 2025.
  6. Srivastava A, et al. WFH Guidelines for the management of hemophilia, 3rd edition. Haemophilia 2020;26(Suppl 6):1-158.
  7. Cafuir LA, et al. Current and emerging factor VIII replacement products for hemophilia A. Ther Adv Hematol 2017;8(10):303-13.
  8. Lenting PJ et al. Emicizumab, a bispecific antibody recognizing coagulation factors IX and X: how does it actually compare to factor VIII? Blood 2017;130:2463-68.
  9. Østergaard H et al. A factor VIIIa-mimetic bispecific antibody, Mim8, ameliorates bleeding upon severe vascular challenge in hemophilia A mice. Blood 2021;138: 1258-68.
  10. Dargaud Y, et al. The mirage of factor equivalence: Examining the complexities of non-factor therapies in haemophilia. Haemophilia 2025;31(6):1170-5.
  11. Sefiane T, et al. Consistent clinical factor VIII equivalency is unlikely for non-factor therapies in hemophilic mice. Haematologica 2025;110(9):2064-75.
  12. Sefiane T, et al. Differences in venous clot structures between hemophilic mice treated with emicizumab versus factor VIII or factor VIIIFc. Haematologica 2024;109(6): 1836-48

Mai 2026
NP-49914