Bien choisir son activité physique

Bien choisir son activité physique

Bouger, se défouler, partager des moments forts en équipe : de bonnes raisons de pratiquer un sport. Sans compter que les professionnels de la santé le répètent à l’envi : rester en forme passe par une activité physique régulière. C’est aussi, à tout âge, le moyen de protéger ses articulations quand on est hémophile. Pour autant, trouver un sport adapté à ses goûts et à sa condition physique n’est pas toujours évident. Zoom sur les critères de choix.

Ludique, conviviale, l’activité physique est aussi un atout pour la santé. « Elle est considérée comme un traitement à part entière pour toute une série de maladies. Y compris l’hémophilie », rappelle Sébastien Lobet, docteur en kinésithérapie et spécialiste de la rééducation des personnes hémophiles*. Longtemps interdits de sport, risques de saignements obligent1,2,3, les hémophiles sont aujourd’hui incités à en pratiquer régulièrement. « De plus en plus efficaces, les traitements individualisés permettent de réduire le risque de saignement pendant la pratique d’une activité physique », précise le docteur Lobet.

Aux effets positifs de l’exercice sur la forme physique en général, s’ajoutent des bénéfices sur la santé articulaire. « Une activité adaptée pratiquée régulièrement, avec une surveillance, bénéficie pleinement à la santé articulaire », assure Sébastien Lobet. Au point que le sport est désormais jugé indispensable : « Nous tenons à ce qu’une activité physique trouve sa place dès l’enfance et poussons les jeunes hémophiles à faire un sport, insiste la kinésithérapeute Nathalie Grinda. Une habitude à conserver ».

D’autant qu’aujourd’hui, grâce à la prophylaxie, la plupart des jeunes hémophiles ont une condition physique proche des non hémophiles. Selon une étude néerlandaise, en l’absence d’atteintes articulaires, leurs performances seraient comparables aux nonhémophiles, en termes « d’amplitude articulaire, de force musculaire, de performances et d’habilité motrices4 ». Mais si l’activité physique est de plus en plus valorisée, elle doit être bien adaptée. Sébastien Lobet insiste sur les points suivants:

« Chez un jeune, il faut trouver une activité non péjorative pour les articulations, c’est-à-dire qui ne majore pas le processus arthrosique.

• Certains présentent des saignements et, pour eux, une activité physique trop intense ou mal adaptée peut être arthrogène.

• Pour les jeunes comme pour les seniors hémophiles, la pratique sportive permet de prévenir ou retarder l’arrivée de l’ostéoporose.

• Dans tous les cas, pour être réalisable et ne pas accentuer le processus arthrosique, la pratique sportive doit être adaptée à l’état articulaire ».

LES VERTUS DU SPORT1,2,5

Les bienfaits de pratiques maîtrisées sont démontrés. Certains spécialistes vont jusqu’à estimer que « les bénéfices (…) supplantent les risques »

Bouger le plus tôt possible est jugé idéal pour :

  • Éviter les maladies chroniques comme le diabète, l’obésité et les risques cardio-vasculaires,
  • Améliorer la qualité de la vie et la condition physique,
  • Augmenter l’endurance et la résistance,
  • Réduire le risque de saignements et de lésions musculo-squelettiques
  • Prévenir l’atrophie,
  • Lutter contre la perte de densité osseuse,
  • Protéger ses articulations, réduire et prévenir les hémorragies intra-articulaire
  • Entretenir sa mobilité, sa souplesse et sa force musculaire
QUELS SPORTS PRATIQUER

Plébiscité par les plus jeunes, l’exercice physique peut vite devenir un enjeu dans les familles en cas d’hémophilie. En cause, les pratiques à risque qui sont souvent la bête noire des parents.

  • "C’est du cas par cas, estime Sébastien Lobet. Il est difficile d’interdire une activité physique, le football par exemple, à un ado présentant une bonne santé de ses articulations. Il faut lui expliquer que c’est un sport arthrogène pour les chevilles. C’est également un sport à haut risque en termes de lésions ligamentaires du genou".
  • Pour les jeunes hémophiles ne pas pouvoir pratiquer tous les sports peut s’avérer frustrant. Toutefois, avec des précautions, de nombreux sports peuvent être essayés et adoptés : fitness, tai-chi, badminton, golf 6
  • Y compris des pratiques inattendues, comme l’escalade. « Encadrée, elle est encouragée, précise Sébastien Lobet. Pratiquée intelligemment, c’est même une excellente discipline : le patient est maître de la manière dont il utilise ses muscles. Lors des prises, s’il ressent une douleur, il va gérer lui-même son ascension. Le vélo présente beaucoup plus de risques de chute ».
LES PRATIQUES À RISQUE

Les activités risquées sont de plus en plus finement abordées par les spécialistes. Une étude récente2 les passe toutes en revue, sports tendance compris. Saignements, bleus, lésions : le niveau de risque y est évalué sport par sport, articulation par articulation. De façon générale, les professionnels de la santé distinguent trois groupes d’activités. Les premières sont recommandées. Les secondes sont « envisageables avec des précautions ». Les dernières sont fortement déconseillées3.
Parmi les activités classées rouges : les sports de contacts, de combat et les disciplines de glisse :

  • Rugby : bien que très populaire, il est considéré comme un sport à risque7 en cas de troubles de la coagulation. « Cette pratique est problématique, confirme Sébastien Lobet. Toute notion de choc, notamment à la tête est déconseillée ».
  • Boxe : lutte, karaté et sports de combat avec contact : « La boxe et la lutte sont à proscrire, estime Sébastien Lobet. Le karaté peut parfois être aménagé. Par exemple, certains hémophiles participent aux entraînements et travaillent leur souplesse, sans se lancer dans les combats ».
  • VTT de descente et motocross : en France, la Fédération Française de Motocyclisme a décidé d’interdire la pratique aux personnes hémophiles, un accident ayant impliqué l’une d’elles** « Le risque, c’est la chute, observe Sébastien Lobet. Mais faire du VTT en mode balade peut être une option. D’autant que c’est bon pour les genoux et les articulations. A condition que le VTT ne soit jamais pratiqué sans protections. Dans ce cas, c’est complètement interdit ». 
  • Ski hors piste : « Le hors piste est évidemment à proscrire, indique Sébastien Lobet. Mais pour le ski alpin, une marge de manoeuvre existe. Tout est affaire d’intensité. Si on pratique tranquillement, en bon père de famille, sans prise de risque, en adaptant la prophylaxie, skier peut éventuellement être envisagé ».
  • Ski nautique : « la pratique est dangereuse, confirme Sébastien Lobet, principalement à cause du risque de chute ».
EN PARLER AVEC LES SOIGNANTS8

Les risques
Des blessures peuvent survenir lorsque l’on est atteint de troubles de la coagulation, comme :

  • Des saignements articulaires (hémarthroses) liés à « un choc direct », observe Sébastien Lobet.
  • Des saignements musculaires résultant « d’un coup direct, d’un étirement musculaire brusque »,
  •  Des atteintes articulaires (arthropathie), « notamment pour ceux qui ont connu des hémarthroses en série ».

Les précautions 

Avant d’opter pour une activité, il est indispensable d’en discuter librement avec son praticien et l’équipe du Centre de traitement :

  •  « Le professionnel doit s’assurer que l’état articulaire du patient est excellent, précise Sébastien Lobet.
  • S’il ne l’est pas, il faut trouver des solutions. On peut adapter la pratique, inviter à une activité modérée en loisirs ou trouver un sport adéquat avec le patient, lequel a toujours le dernier mot ».

Les critères de choix7,8 

Un éventail d’activités s’offre aux personnes hémophiles, contrôles des articulations à l’appui. L’important ? Établir un dialogue constructif avec l’équipe soignante :

  • Vous pourrez choisir un sport adéquat et conforme à vos aspirations,
  • Les spécialistes seront à même d’adapter le traitement à l’activité choisie,
  • Vous pourrez envisager des protections et adapter les mesures de prophylaxie, notamment si vos articulations vous font souffrir,
  • La question de la compétition, qui suppose un entraînement et une pratique plus intenses, sera à aborder avec votre spécialiste,
  • Si chocs, impacts et à-coups sont à prendre en compte, gardez à l’esprit que « chez l’hémophile sévère bien équipé, la fréquence des accidents durant le sport n’est pas différente des non hémophiles. A condition d’être bien traité », insiste Sébastien Lobet.
  • Enfin, une des clés pour éviter les blessures est de bien vous préparer avant une activité physique (lire notre article « Bien préparer ses séances »).

 

Bon à savoir :

  • La kinésithérapie préventive peut vous préparer à la pratique d’un sport pour minimiser les risques de blessures.
  • Le personnel encadrant doit être informé et savoir comment réagir en cas de problème